Francais 

Centre International de Recherche et de Développement de l'Haptonomie

CIRDH Frans VELDMAN    
9 bis Villa du Bel Air - 75012 Paris
HAPTONOMIE AUTHENTIQUE ®

Décès de Frans Veldman

Frans Veldman, 6 septembre 1921 - 25 janvier 2010

 

Adieu à Frans, Anne-Marie Veldman Van Polen 

D'abord, je vous remercie d'être venus ici pour partager ce moment.

Il nous a quittés, mais il souhaite que nous poursuivions la transmission fidèle de l¹authentique haptonomie dans le sens et l'esprit originels qu'il lui a donnés... 

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C'est une grande responsabilité, et pour cela nous vous lançons un appel pour qu'ensemble nous parvenions à une entente et à un respect mutuels, parce que Frans souhaite qu'avec l'haptonomie tous les êtres humains trouvent et vivent le bonheur et soient heureux : ce n'est pas facile à notre époque, en ces temps bien complexes.

Avec l'Adesse Animo, nous y parviendrons. Frans a toujours été là avec sa présence affectivo-confirmante ouverte et créative : c'est à nous de le suivre.

Après la cérémonie d'adieu, pour ceux et celles qui peuvent rester, vous êtes tous chaleureusement invités à monter à Oms pour partager un buffet et boire un verre à la maison, qui vous est ouverte.

Frans est content, le soleil est là, on a ouvert toutes les portes, il fait beau.

 

Adieu à Frans, Dominique Décant-Paoli

Dominique Décant-Paoli
(Crématorium du cimetière de ST Michel, Le Canet Roussillon)

Je ne vous parlerai pas de l’enfant surdoué, qui, solitaire, découvrait et observait avec une intense curiosité le monde environnant, puis les humains.

Ni de l’adolescent revendiquant sa liberté de penser face au carcan religieux et éducatif ...

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Ni du jeune homme amoureux , artiste dans l’âme, qui voulait devenir sculpteur, mais qui devint raisonnablement jeune médecin emporté dans la tourmente de la Deuxième guerre mondiale et de ses atrocités qui fut déterminante pour son destin, car le pire qu’il y vécut fut aussi le vecteur du meilleur : le pouvoir de l’affectivité humaine. Ses richesses et ses mystères devinrent son champ d’étude et d’expérimentation avec toute la liberté, l’énergie, la créativité, l’érudition médico-scientifique, psychologique, philosophique et artistique de cet homme remarquable, acharné au labeur.

Ni du chercheur en sciences de la vie, qui ayant épousé Lore, sa fidèle compagne, patiente et constante accompagnatrice de sa vie et de son travail, fut également un merveilleux interniste, un soignant hors du commun alliant la compétence, l’expérience et le génie thérapeutique, car il pratiquait avec évidence et certitude que , comme le disait Paracelse, « L’art du soin est l’amour » .

Ni du formateur qu’il fut, car pour lui, profondément artiste, transmettre était donner forme, « former », et non enseigner. Ce fut un « maître », comme on le disait des grands médecins qui transmettaient au lit du malade leur art du diagnostic et du soin et leur savoir-faire . Il montrait et démontrait. Et à chacun de puiser dans cette forme ressentie sa propre démarche en toute autonomie, mais dans la fidélité à l’essentiel, disposer de la capacité du don de la philia.

Non, je voudrais parler de sa bonté, de ce « soleil » de tendresse, ce mélange étonnant d’une infinie patience dans le soin, mêlée d’une exigence, d’une impatience et d’une rigueur de confrontation, à la mesure de son goût esthétique pour la perfection et la chose bien faite. Qu’il s’agisse d’un cours, d’une photo, d’un livre, d’un dessin, de la cuisine, de la musique ou de la danse, ou bien des travaux de sa maison, l’impeccabilité et l’élégance qui l’animaient témoignent sans aucun doute du goût pour la beauté de l’âme humaine justement confirmée affectivement.

Ce génie, amoureux du féminin, de la sensualité nourrissante pour l’être de la « bonne vie » transmettait la force de sa confiance dans la Vie et dans l’humain, non sans souffrir de plus en plus des dérives technocratiques effectives de nos sociétés contemporaines dont il dénonçait les effets destructeurs pour l’affectivité et la capacité réelle d’amour et de rencontre entre les êtres humains.

Enseigner par l’exemple, confronter justement pour le meilleur de l’accomplissement de l’autre avec perspicacité , humour devant nos faiblesses, patience devant notre lenteur. Voir la créativité de sa pensée à l’œuvre inlassablement jusqu’à ses derniers jours, le voir chercher l’échange et le partage des idées, demeurer présent en toutes circonstances , même adverses, dans l’engagement et la responsabilité, ont été exemplaires pour moi, pour tous ses élèves. Ses résistances aussi, mais toujours ouvertes à un débat accepté avec « l’amicus firmus », qui oserait défendre son point de vue en face de lui. Ou ses colères aussi fortes parfois que sa bonté. Et sa mauvaise foi de temps en temps …comme lors des explications pourtant si limpides de son ami et conseiller de toujours, Maitre Germa, quand il tentait de lui expliquer la chose administrative ! Car il avait tout d’un seigneur de la Renaissance et rien d’un fonctionnaire …
Et bien qu’il ait formé dans les années 60 en Kinésionomie clinique le personnel infirmier pour tous les Pays-Bas, à la demande du Ministère de la Santé, qu’il ait été reconnu aux Etats Unis, où il refusa de s’installer, c’était surtout un grand homme solitaire, indépendant des honneurs et de la reconnaissance universitaire, souvent pillé, trahi, non respecté à la hauteur de sa spiritualité laîque reconnaissable à l’amour qu’il portait à l’humain.

C’est à Oms, au soleil, (il y tenait beaucoup ) qu’est venu s’installer, ce grand homme simple et sage, vers les années 80, mais au charisme puissant de toute la droiture de sa haute taille et de ses beaux cheveux blancs. Il croyait prendre sa retraite et écrire, en compagnie de Lore et d’Anne Marie Van Polen, son fidèle « bras droit », (que dis-je ! Shiva aux mille bras capable du plus simple au plus subtil !) indéfectible présence à ses côtés durant toutes ces années et, après la mort de Lore, protectrice jusqu’à son dernier souffle. Ce fut ainsi une deuxième vie de recherches et d’enseignement.
C’est là qu’il a refondé un centre, véritable centre magnétique qui a irradié en Europe et enrichi la vie de cette si belle région grâce aux allées et venues des étudiants en stage . Il tenait à ce lieu de silence, de grands espaces et de méditation paisible, propice à la pensée  ; « pour contempler » , disait-il, et nous avons aimé voir croître et embellir son jardin qui fut un des grands plaisirs de la fin de sa vie.

Nous sommes remplis de gratitude à son égard d’avoir eu la chance de le rencontrer, d’avoir œuvré à ses côtés, beaucoup reçu de lui au fil de ces années de partage et d’échanges, d’amitié profonde.
Nous sommes remplis de gratitude à son endroit d’avoir la charge lourde mais passionnante de poursuivre la transmission de son œuvre et de son enseignement aux côtés d’AnneMarie Van Polen, quand l’âge se faisant, il nous l’a léguée.
Dans la grande symphonie de l’ Affectif, chacun de nous est porteur d’un son propre qui résonne avec celui des autres, le tien Frans résonne en chacun de nous qui avons vibré à ton contact et en portons toujours l’écho qui passera encore et encore à travers nous, si forte fut ta présence. Tous en témoignent.

Et si nous sommes tristes de ton absence, je pense à ton histoire de ce père pendant la dernière guerre, qui tenait la lampe à pétrole (faute d’électricité !) au dessus du champ opératoire où l’on opérait son fils et qui pleurait si fort qu’à un moment donné, le chirurgien s’exclama : « Pleure, mais tiens la lampe ! »
Et si nous sommes tristes, Frans nous te pleurerons, mais nous tiendrons la lampe pour qu’elle éclaire et réintroduise l’humanité, simple et aimante là où elle défaille ou ne peut plus être, comme tu l’as fait, toute ta vie.

 

Adieu à Frans, Mike VELDMAN

Mon père,

Etre le fils aîné de mon père, c’était formidable et çà n’a pas été facile.

Lui, le violoniste, sculpteur, peintre, mécène, le chef, professeur, l’écrivain, l’érudit, bon vivant … enfin lui, il pouvait, connaissait et savait tout. Incroyable.

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Heureusement et bien évidemment, je lui ai fait sentir combien j’étais, je suis et resterai fier de l’homme qui a donné au monde sa science humaine, chaleureuse et affective.

Pèreke, ton esprit, tes idées nous manqueront mais tu vivras toujours, merci à l’haptonomie; le Bon dont tout le monde aura besoin.

Finalement, Anne-Marie, Marianne et moi t’offrons nos bras et nous espérons, nous tous souhaitons que toi, tu aies dans l’avenir une épaule sur laquelle tu pourras te reposer.
 

Adieu à Frans, Catherine Dolto

En cet étrange moment, que nous savions tous inéluctable mais qu’une partie en nous se refusait secrètement à imaginer, je me sens plus remplie de gratitude et de joie plutôt que de tristesse. Et, pour en avoir parlé avec beaucoup d’entre vous, je sais que je ne suis pas la seule.

Joie d'avoir eu la chance de rencontrer ce trésor qu'est l'haptonomie, d'avoir pu l'approfondir pendant tant d'années auprès de Frans et d'AnneMarie. Gratitude vis-à-vis de Frans et de Lore qui nous ont accueillis pendant tant d'années avec générosité. Chez eux, les cœurs et la table nous étaient toujours ouverts. Les idées pétillaient, toujours accompagnées de la succulence des vins et des mets.

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La complexité du personnage, sa manière de passer du plus global au plus local, ses attentes, nous tirait toujours vers le haut. Parfois, on aurait eu envie d'un peu de repos, mais il n'avait pas de temps pour le répit. Il travaillait sans relâche et attendait de nous que nous en fassions autant. Ce fut une chance pour nous. Ce sont des souvenirs merveilleux, et certainement Frans a été pour moi un second père. Avec ce que la paternité peut comporter d'autorité, d'exigence et de moments de tensions. Mais, même si certains l'ont trouvé sévère parfois, rude même par moments, souvent déconcertant, je sais par expérience que si on allait vers lui en tenant bon sur les arguments, il écoutait, il entendait et il était capable d'infléchir sa pensée et de modifier ses décisions. Il fallait juste oser. C'est ce qu'il attendait de nous, oser mais rester dans l'éthique, dans l'essentiel, ne pas galvauder ni dévoyer l'haptonomie. Et tout ça, si possible, sans jamais oublier l’humour.

Frans n’aurait pas voulu que nous soyons tristes. La séparation par la mort n'est pas une véritable séparation quand tout ce qui a été échangé fut si vivant et si fort. L'amour ne meurt pas, et l'haptonomie ne peut se concevoir sans amour, pour la vie et pour l'autre, qui l'incarne, quel qu'il soit. Frans était un homme présent à chaque instant. Toute sa vie, quelles qu’aient été les difficultés, les obstacles et les chagrins, nombreux, douloureux, qu’il a dû traverser, avec courage, il a fait face, debout, digne, dans "l’adesse animo ".

Sa présence, pour ceux qui ont eu le privilège de le rencontrer, demeure. Intacte.

Il disait toujours que c'était l'haptonomie qui était importante, pas lui, dont il aimait si peu parler. Il voulait qu’au-delà du souvenir de sa personne, ce soit l’haptonomie qui demeure et soit transmise, authentiquement et fidèlement, parce qu’il voulait le bonheur humain. Et il savait comment l’haptonomie peut contribuer au bonheur des humains en ces temps si complexes où la violence est partout.

En 1979, quand nous nous sommes rencontrés, il espérait se retirer en France pour se livrer tranquillement à ses recherches et pensait en avoir terminé avec la transmission. Il a fallu que nous insistions beaucoup pour qu'il accepte enfin de nous former. Le contrat moral était clair: " je vous forme, mais vous enseignerez avec moi". C'est pour moi une tâche essentielle, inscrite dans la fidélité à cet homme qui m'a fait l'honneur de sa confiance et le don de son affection jamais démentie.
Il a souhaité et rendu possible que nous prenions la pleine responsabilité de la transmission, avec AnneMarie et lui à nos cotés. C'est notre doux et exigeant devoir d’être, maintenant qu’il a disparu, à la hauteur de la confiance qu'il a placée en nous. C'est notre tour de soutenir l'ambition qu'il avait pour l'haptonomie à travers nous. Tous ensemble dans "l'Adesse animo".

Nous voir réunis ici, certains venus de si loin, d'autres qui faute d'être parmi nous, se joignant à nous par la pensée, est aussi une source de joie. Cela me donne la mesure du travail accompli depuis ces temps où nous étions trois ou quatre autour de lui. Lors d'un des premiers stages, aux Lilas, Georgette Tinjod, enthousiaste, s'émerveillait auprès de Frans que nous soyons trente.
« Il en restera trois » a-t- il répondu, avec son inimitable sourire. Lucide mais pas découragé. C'était vrai. Nous étions très peu au départ, mais le petit noyau, formé par ceux qui avaient aperçu les immenses possibilités de l'haptonomie, et sont restés soudés autour de Frans, approfondissant toujours plus, a grossi. Et aujourd'hui je sais que Frans a eu raison de nous faire confiance, nous avons gagné. Notre rassemblement de ce jour signifie que nous sommes capables, ensemble, de continuer. Avec AnneMarie Veldman-Van Polen, nous allons transmettre l'haptonomie telle qu'il nous l’a enseignée, et la faire évoluer, enrichie par nos expériences cliniques partagées et au fil des découvertes des neurosciences qui passionnaient et inspiraient tant Frans.

Avec ce soleil qui lui aurait tant plu, ce calme, ce recueillement joyeux et grave à la fois, je nous sens tous ensemble, ceux que Frans et AnneMarie ont formés, ceux qui sont présents ici et ceux qui ne le sont pas dans un énorme still point. Riches du passé, face à l'avenir de l'haptonomie qui dépend de chacun d'entre nous dans une temporalité qui nous dépasse, dans un moment suspendu dont j'espère nous saurons accoucher les promesses.

C'est pourquoi j'ai eu envie de partager avec vous le poème de T.S Eliott, le Still Point:, qui a tant inspiré Frans qu’il en a fait un élément essentiel de sa théorisation.

«At the still point of the turning world. «Au « still »-point du monde qui tourne.
Neither flesh nor fleshless Ni chair, ni privation de chair
Neither from nor towards Ni... venant de, ni... allant vers
at the still point, there the dance is Au « still »-point, là est la danse,
But neither arrest nor movement. Mais ni arrêt, ni mouvement.
And do not call it fixity, Et ne l’appelez pas fixité,
Where past and future are gathered. Là où passé et futur s’enlacent.
Neither movement from nor towards, Non pas mouvement de ou vers,
Neither ascent nor decline, Non pas ascension ni déclin.
Except for the point, the still point, Excepté pour ce point, le « still »-point,
There would be no dance, Là où il n’y aurait nulle danse
and there is only the dance ». Encore que là, il n’y ait que la danse ».
(Four Quartets, Faber and Faber, London 1972, 15-16)
(Traduction : Frans Veldman.)

 

Adieu à Frans, Jean-Claude Sécheresse

Cher Frans

Je m’adresse ainsi à toi qui nous étais devenu si familier, au point que tu demeures, aujourd’hui, d’une intense Présence. Nous en étions arrivés à te penser immortel. On imagine difficilement de ne plus te voir venir au devant de nous lorsque nous arrivions au Mas del Ore, ne plus t’entendre appeler « ANNE-MARIE » ou te voir, pendant les stages, entrouvrir la porte demandant si on a besoin de toi alors qu’il s’agissait de ton impatience à nous faire sentir ce que, sans relâche, tu souhaitais partager avec nous.

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Nous aurions tant aimé que tu sois encore parmi nous lors du prochain Congrès. Pour te rendre compte, une fois de plus, de l’audience de tes recherches et mesurer l’impact, en France et bien au-delà, du travail de toute ta vie.

L’haptonomie est maintenant bien présente et vivante chez les soignants qui ont découvert et côtoyé ton enseignement. Quoi qu’ils fassent, ils ne pourront plus jamais faire retour à leur pratique antérieure.

C’est une certaine idée de l’humain et la perception que tu as eu de ses potentialités qui a guidé ta réflexion.

Il a tout de même fallu que tu sois témoin du plus grand désastre humain du XXe siècle pour t’insurger, t’interroger, observer et percevoir l’effet de la prise en compte de l’affectif dans les relations humaines pour nous livrer ton message .
Ce message est un appel à une révolution des rapports humains où la CONFIRMATION AFFECTIVE confère à chacun la capacité d’ETRE, d’AIMER et de PARTAGER au sein de la communauté des hommes.

Tu nous lègues une œuvre ouverte, en ce sens que nous avons à la poursuivre et l’enrichir . Nous savions que tel était ton souhait, nous invitant sans cesse à la vigilance pour en conserver l’authenticité.

La continuité de l’haptonomie, que nous soutiendrons aux côtés d’ANNE-MARIE, sera notre reconnaissance.

Mais, au-delà de ce jour, dans les semaines, les mois et les années qui viennent, nous mesurerons combien tu nous manques.